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Shirin Ebadi: «N’oubliez pas la répression en Iran»
Sun 5 04 2015

Simon Petite

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Elle fait partie du cercle très fermé des femmes lauréates du Prix Nobel de la Paix. L’avocate iranienne Shirin Ebadi l’a obtenu en 2003. Une éternité. Sur sa vie avant cette récompense, elle a déjà écrit ses mémoires. Elle prépare un second volet qui devrait paraître à la fin de l’année, «y compris en français», annonce-t-elle. Pendant ce temps, elle continue de mettre sa notoriété au service de la cause des libertés en Iran. Exilée à Londres depuis 2009, elle participait mercredi à une rencontre sur le droit des minorités au sein de la République islamique à la Maison de la Paix à Genève.

Le Temps: Pensez-vous qu’un accord sur le nucléaire iranien sera scellé d’ici la fin mars?
Shirin Ebadi: Je l’espère sincèrement. Les sanctions internationales causent un tort énorme au peuple iranien et on ne peut que souhaiter leur levée. En même temps, je ne suis pas certaine qu’il y aura un accord. Beaucoup de gens proches du régime profitent des sanctions. Il y a tout un marché parallèle, comme pour les voitures de luxe. Téhéran est la capitale où il y en a le plus!

Le Temps: Certaines informations font état d’une maladie du guide suprême Ali Khamenei. Est-on à la veille de grands changements en Iran?
Shirin Ebadi: Les autorités ont démenti ces informations. Pour l’instant, je ne vois qu’une détérioration de la situation des droits de l’homme. Selon le rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran, il n’y a jamais eu autant d’exécutions depuis dix ans. Si l’on parvient à un accord sur le programme nucléaire, j’espère que les Américains et les Européens ne se précipiteront pas en Iran pour obtenir des parts de marché en oubliant les droits de l’homme. Il faut que les Occidentaux négocient aussi sérieusement qu’ils le font sur le nucléaire.

Le Temps: Vous y croyez vraiment?
Shirin Ebadi: Et pourquoi pas? Les Américains et les Européens répètent que les droits de l’homme sont importants. Qu’ils le prouvent par les actes.

Le Temps: L’Iran a deux visages, l’un souriant du ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui négocie à Lausanne et l’autre, beaucoup plus inquiétant, du guide suprême Ali Khamenei. A qui faut-il se fier?
Shirin Ebadi: Si un accord sur le nucléaire est conclu, nous verrons ensuite si ces sourires étaient sincères. Je crains que la situation des libertés empire encore. Non seulement le pouvoir iranien fait face à un grand ressentiment populaire mais en plus il est divisé entre modérés et extrémistes. Voilà pourquoi il est très difficile de prédire si Téhéran consentira à un accord avec les grandes puissances.

Le Temps: Vous avez dû quitter l’Iran il y a presque six ans. Avez-vous encore une vision claire de ce qui s’y joue?
Shirin Ebadi: Je suis continuellement en contact avec mon pays et je compte bien y retourner un jour. Je suis présidente du centre des défenseurs des droits de l’homme basé à Téhéran (une organisation qui comprend des avocats renommés et qui ont défendu des blogueurs, le journaliste Akbar Ganj ou la famille de la canado-iranienne Zahra Kazemi, ndlr). Plusieurs de mes collègues sont derrière les barreaux, comme les avocats Abdolffatah Soltani, condamnés à 13 ans de prison, ou Mohammad Seifzadeh, qui purge une peine de six ans. Avec l’argent du Prix Nobel, j’avais acheté un appartement pour héberger le centre. Le reste alimentait un fonds pour les familles des victimes de la répression. Mais les autorités iraniennes ont saisi tous mes biens et les ont vendus aux enchères. Mon mari et ma sœur ont été arrêtés et n’ont été libérés que contre une caution. L’objectif était de me faire taire. Si je m’en tenais au silence, on m’a promis que tout rentrerait dans l’ordre. Je n’en ai rien fait, évidemment, et je continue à recevoir des menaces.

Le Temps: Finalement ce prix Nobel ne vous a-t-il pas apporté plus d’inconvénients que d’avantages?
Shirin Ebadi: Cela n’a rien à voir. Le problème, c’est la nature dictatoriale de ce régime. Pourtant, l’Iran a elle-même choisi de ratifier les conventions internationales des droits de l’homme. Mais elle continue d’avoir des lois discriminatoires contre les femmes, ainsi que les minorités ethniques et religieuses. Moi, je ne suis la rivale politique de personne. Je me contente de défendre les libertés et tout ce que j’affirme est documenté.



source: le temps

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le centre des défenseurs des droits de l’homme
Le membre de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme