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RSF déchiffre les corrélations entre son Classement de la liberté de la presse et des indicateurs mondiaux
Tue 3 03 2015

Exportation de pétrole brut, richesse par habitant, stabilité économique... Reporters sans frontières (RSF) passe au crible les liens entre de grands indicateurs mondiaux et son Classement de la liberté de la presse 2015.

Cette année, Reporters sans frontières a choisi de mettre en avant les corrélations qui peuvent exister entre la liberté de la presse et certains indicateurs mondiaux. Quel lien y a-t-il entre liberté et indépendance de l’information et développement d’un pays donné? Éléments de réponses.

La liberté de la presse, privilège des plus riches ?
La richesse par habitant est corrélée positivement à la liberté de la presse (coefficient de corrélation de -0,41). Une tendance symbolisée par la performance de la Norvège ou du Danemark, qui font partie de la liste des 20 pays ayant le plus important PIB par habitant au monde et qui sont respectivement 2ème et 3ème au Classement mondial 2015. A l’opposé, les pays les plus pauvres tels que l’Éthiopie, la Gambie ou l’Érythrée apparaissent en bas de Classement, respectivement 142e, 151e et 180e. Dans ces pays, pauvreté et autoritarisme vont de pair et l’information est étouffée au profit d’une propagande d’État.

Quelques contre-exemples existent néanmoins pour nous rappeler que la liberté de la presse n’est pas l’apanage des riches. Le Niger, pays le moins développé au monde d’après le Programme des Nations unies pour le développement, est classé 47e sur 180 dans l’édition 2015 du Classement mondial. En dépit d’un environnement économique difficile, l’organisation a constaté, depuis la chute du régime Tandja, une diversité du secteur et une pluralité intéressante de médias, au sein desquels la liberté de ton est de rigueur. Si cette ouverture démocratique s’est avérée positive, la pauvreté du pays reste une limite structurelle bridant le développement des médias et la mise en place de standards de formation au journalisme.

Un lien entre "stabilité politique" et liberté de la presse
Avec un coefficient de corrélation de 0,59, l’“indicateur de stabilité politique” de l'Institute for Economics and Peace (IEP), entendue comme la capacité d’un État à satisfaire les besoins de l’économie et des investisseurs, et le Classement mondial de RSF, sont liés. Pays réputés pour leur stabilité économique, l’Allemagne (12e), la Finlande (1er) ou la Nouvelle-Zélande (6e) assurent aussi la pérennité d’une presse libre. A l’inverse, au Soudan du Sud (125e) ou en Afghanistan (122e), l’instabilité économique va de pair avec une liberté de la presse fragile. En proie à une guerre civile, le jeune pays africain se déchire et la presse se polarise à l’extrême. En Afghanistan, c’est la capacité de l’État à assurer la sécurité des médias qui fait défaut.

Toutefois, cette corrélation n’est pas systématique. Le cas de la Chine (176e), la Malaisie (147e) ou du Mexique (148e) tendent à nous rappeler que certains pays peuvent offrir une stabilité aux investisseurs tout en affichant des performances exécrables en matière de liberté de l’information.

L’or noir plutôt que l’encre
Les pays exportateurs de pétrole ne sont pas les gardiens de la liberté de l’information. La richesse ne garantit donc pas une presse libre. D’après les données du CIA World Fact Book, comparées au Classement RSF, les exportateurs de pétrole brut accusent même un retard de quatre points sur 100 en moyenne par rapport au reste du monde (36,64 contre 32,63 points pour les pays non-exportateurs).

L’Arabie saoudite en est l’illustration parfaite. Plus gros exportateur mondial de pétrole avec 7 500 barils vendus par jour, le royaume occupe la 164e place au Classement de RSF. Le pays a reçu cette année la pire note pour le cadre légal encadrant les activités d’information. Une contre-performance symbolisée par la condamnation du blogueur saoudien Raïf Badawi à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison. La Russie (152e, -4) et l’Iran (173e, 0), respectivement deuxième et troisième exportateurs mondiaux, ne sont pas en reste. L’Iran est encore aujourd’hui, avec 50 journalistes et net-citoyens emprisonnés, l’une des cinq plus grandes prisons du monde pour les acteurs de l’information. En Russie, les médias indépendants ont été violemment repris en main en 2014, dans un contexte où les lois liberticides s’ajoutent les unes aux autres depuis plusieurs années.

Armement et presse indépendante ne font pas bon ménage
Les pays qui s’arment le plus en proportion de leur PIB sont ceux dont la presse tend à être la moins libre (coefficient de corrélation : 0,29). Modèle du genre : la Corée du Nord (179e), championne de l’investissement militaire où plus aucune presse indépendante n’est tolérée. Et elle n’est pas seule sur cette voie : le Zimbabwe (131e) de l’éternel dictateur et prédateur de l’information Robert Mugabe s’est engagé dans une folle course à l’armement qui lui aura pompé près de 11% de son PIB en 2013. Un record mondial pour un pays qui n’est engagé dans aucun conflit, et dans lequel des réformes pénales protectrices de la liberté de l’information se font toujours attendre.



source: RSF

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